Avant de demander un financement : ce que votre entreprise doit avoir réglé

par | 19 Oct 2026

L’ESSENTIEL :

    • Un dossier de financement se prépare dans l’entreprise, pas dans le rendez-vous. L’essentiel est joué avant que vous ne parliez.
    • Quatre points se règlent avant de demander : ce que l’entreprise dégage réellement, le montant et la durée arrêtés, ce qui se voit dans les comptes, et à quoi l’argent sert.
    • Une opération suffit ensuite à savoir quelle part de ce que l’entreprise dégage chaque année partirait en remboursement.
    • Ce chiffre n’est ni une note ni un seuil. Il sert à voir ce qu’il reste à l’entreprise une fois l’échéance payée, et à décider si le projet tient tel quel.

    Un dirigeant qui prépare un investissement pense généralement au rendez-vous. Au dossier à constituer, aux documents à réunir, aux arguments à présenter. C’est la partie visible, et c’est la dernière.

    Pendant près de vingt ans, dans la banque d’entreprise, j’ai instruit des demandes de ce type. Ce qui se jouait dans l’entretien était en réalité très mince. L’essentiel était déjà écrit dans les comptes, dans la régularité des mouvements et dans la cohérence entre ce que le dirigeant annonçait et ce que l’entreprise montrait.

    Une précision nécessaire avant d’aller plus loin : Flux. n’est pas courtier, n’intervient pas auprès des établissements bancaires et ne place aucun produit financier. Cet article porte sur la préparation de l’entreprise, et sur rien d’autre.

    Quatre points se règlent avant la demande. Aucun ne demande un expert, et tous demandent un peu d’avance.

      Trousseau de clés anciennes dont une est mise à l'écart et entourée à la main : le point qui reste à régler avant de demander un financement.

      Ce qu’un dossier dit avant que vous ne parliez .

      Une demande de financement arrive rarement seule. Elle arrive accompagnée de deux ou trois exercices comptables, d’un relevé de compte et d’un historique. Ces documents racontent déjà une histoire, et cette histoire est lue avant la vôtre.

      Ce qui est regardé n’a rien de mystérieux. La régularité plutôt que le niveau. La cohérence entre les chiffres annoncés et ceux qui figurent dans les comptes. Et la façon dont l’entreprise se comporte quand elle est un peu serrée, ce qui se lit sur un relevé mieux que dans n’importe quel discours.

      Un projet n’est presque jamais refusé parce qu’il est mauvais. Il est écarté parce que le dossier qui le porte laisse trop de questions sans réponse, et qu’une question sans réponse se traite par la prudence.

      Les quatre points à régler avant de demander .

      1. Savoir ce que l’entreprise dégage réellement sur une année

      Pas le chiffre d’affaires, et pas le résultat net seul. Ce qui compte est ce que l’entreprise dégage une fois toutes ses charges payées, et qui reste disponible pour rembourser. C’est le chiffre qui sert à tout le reste de cet article, et c’est celui que l’article du 24 août apprend à lire dans ses propres comptes.

      Si vous ne savez pas le dire à dix pour cent près, c’est le premier travail à faire, avant tout le reste.

      2. Avoir arrêté le montant et la durée, pas une fourchette

      Une demande qui s’exprime en fourchette, entre tant et tant, sur cinq ou sept ans selon ce qui sera possible, indique que le projet n’est pas arrêté. Un projet non arrêté ne s’instruit pas, il se reporte.

      Arrêter le montant suppose d’avoir chiffré le projet en entier, y compris ce qui ne figure sur aucun devis : le temps de mise en route, la période pendant laquelle l’investissement ne produit pas encore, et ce qu’il faudra financer en attendant.

      3. Avoir réglé ce qui se voit dans les comptes

      Des comptes déposés et à jour. Des échéances payées à l’heure sur les derniers mois. Un découvert utilisé comme un outil ponctuel, et non comme une ressource permanente. Des retards éventuels expliqués, et de préférence déjà résorbés.

      Ce point est le plus simple à comprendre et le plus difficile à rattraper. Il demande du temps, parce qu’il se lit sur plusieurs mois. C’est la raison pour laquelle une demande se prépare une saison à l’avance, et pas la semaine où le besoin apparaît.

      4. Savoir dire à quoi l’argent sert et ce qu’il change

      En deux phrases, sans vocabulaire d’expert. Ce que le projet permet de faire que l’entreprise ne fait pas aujourd’hui, et ce que cela modifie dans son activité. Si les deux phrases ne viennent pas, c’est le projet qui n’est pas clair, pas l’exercice.

      Le calcul, en une opération .

      Échéance annuelle = montant du projet divisé par la durée en années.

      Part = échéance annuelle divisée par ce que l’entreprise dégage chaque année, exprimée en pourcentage.

      Ce calcul ne tient pas compte des intérêts, qui alourdiront l’échéance réelle. Il donne un ordre de grandeur, volontairement optimiste, et c’est déjà suffisant pour écarter un projet qui ne tient pas.

      Un exemple, pas à pas .

      Une entreprise de services qui envisage un investissement de 90 000 €.

      Élément

      Montant

      Ce que l’entreprise dégage chaque année, toutes charges payées

      40 000 €

      Montant du projet

      90 000 €

      Durée envisagée

      5 ans

      Échéance annuelle

      90 000 / 5 = 18 000 €

      Part de ce que l’entreprise dégage

      18 000 / 40 000 = 45 %

      Ce qu’il reste ensuite

      22 000 € par an

      45%. Autrement dit, près d’un euro sur deux de ce que l’entreprise dégage partirait en remboursement, et il en resterait 22 000 € pour absorber un imprévu, financer la croissance et rémunérer le dirigeant.

      Comment lire votre résultat .

      Trois situations, décrites en mots. Ce ne sont ni des normes ni des seuils, aucun pourcentage de référence n’existe, et aucune décision de financement ne se prend sur ce seul chiffre. Elles servent uniquement à situer un ordre de grandeur avant d’aller plus loin.

      • La part laisse une marge confortable. La question se déplace alors vers le projet lui-même et vers ce qu’il rapporte, ce qui est une bien meilleure discussion.
      • La part absorbe l’essentiel de ce que l’entreprise dégage. Le projet tient peut-être, mais il ne laisse plus de place à un imprévu. Les deux leviers sont d’allonger la durée ou de réduire le projet.
      • La part dépasse ce que l’entreprise dégage. Le projet, tel qu’il est posé, ne se finance pas sur l’activité actuelle. Mieux vaut le savoir maintenant que l’apprendre dans trois mois.

      Ce que change la durée .

      Même entreprise, même projet. Seule la durée change.

      Durée

      Échéance annuelle

      Part de ce que l’entreprise dégage

      Ce qu’il reste chaque année

      3 ans

      30 000 €

      75 %

      10 000 €

      5 ans

      18 000 €

      45 %

      22 000 €

      7 ans

      12 900 €

      32 %

      27 100 €

      Allonger la durée ne rend pas le projet moins cher, au contraire : plus la durée est longue, plus les intérêts s’accumulent. Ce que l’allongement achète, c’est de la place chaque année. Et cette place est exactement ce qui permet d’encaisser un exercice moins bon sans se retrouver en difficulté.

      C’est aussi ce qui explique qu’une durée courte, souvent choisie par souci d’économie, soit le premier point sur lequel un dossier solide se fragilise.

      Ce que ce calcul ne dit pas .

      Il donne un ordre de grandeur sur la capacité de l’entreprise à porter une échéance. Il ne dit rien de quatre éléments qui pèsent autant dans un dossier réel.

      • Les intérêts, volontairement écartés ici, qui augmentent l’échéance réelle.
      • Les garanties, qui relèvent d’une discussion distincte et qui ne se calculent pas.
      • Le besoin de trésorerie que le projet crée lui-même, souvent plus lourd que l’investissement et presque toujours oublié.
      • L’historique. Un dossier se juge au moins autant sur les deux années écoulées que sur les cinq années à venir.

      Ce calcul sert à savoir si le projet mérite d’être porté tel quel. Il ne remplace ni l’avis de votre expert-comptable, ni l’instruction de votre banque.

      Préparer son entreprise avant un projet d’investissement est un travail de pilotage, pas une démarche bancaire. C’est celui-là que nous faisons avec les dirigeants.